

Guerre commerciale: la France évalue les dégâts avec les filières
Emmanuel Macron réunit jeudi après-midi à l'Elysée les responsables des principales filières affectées par les droits de douane annoncés la veille par Donald Trump. La riposte, elle, relève de Bruxelles.
Le président américain Donald Trump a signé un décret généralisant des droits de douane de 10% minimum sur toutes les importations arrivant aux États-Unis et de 20% pour les produits arrivant de l'UE.
Emmanuel Macron reçoit à l'Elysée à 16H00 les représentants de filières exportatrices et du patronat. Le Premier ministre François Bayrou et plusieurs ministres seront aussi présents.
Selon la liste des invités obtenue par l'AFP, sont notamment attendus les représentants des filières aéronautiques (dont Guillaume Faury, de Airbus), industrielles et, agricoles et viticoles.
Le secteur automobile, qui sera touché par une surtaxe spécifique de 25% sur les voitures importées, sera représenté par Luc Chatel, président la Plateforme automobile (PFA).
Pour ce dernier, "il y aura forcément un impact pour l'industrie cosmétique de passer de 0% à 20% de droits de douane. Il sera avalé soit par l'inflation, soit par la baisse des volumes vendus avec les Etats-Unis, notre premier marché à l'export", a-t-il indiqué à l'AFP.
"La première chose, c'est que nous fassions un bilan et prévisionnel de ce que seront les attaques et leurs effets sur l'ensemble des filières. Ensuite, nous regarderons comment nous pouvons soutenir nos industries de production", a déclaré jeudi sur RTL la porte-parole du gouvernement français Sophie Primas.
"On voit bien que tous les marchés d'exportation, notamment des vins et spiritueux, sont en train de se fermer. Il va falloir donc supporter notre production européenne", a-t-elle ajouté.
- "Choc" -
De son côté, le Premier ministre François Bayrou a jugé que cette décision est une "immense difficulté" pour l'Europe et une "catastrophe" pour les Etats-Unis.
A gauche, le socialiste Olivier Faure a également appelé l'UE à riposter. "Depuis le 20 janvier, Trump déroule. Parlons lui dans la seule langue qu’il connaisse, celle du rapport de force", a-t-il réagi sur X.
Le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), Amir Reza-Tofighi, a appelé sur RMC à un "front économique et politique uni", disant craindre qu'"un tissu de petites et moyennes entreprises disparaissent demain".
La Bourse de Paris accusait le coup et perdait plus de 2% jeudi de fin de matinée, comme la plupart des autres places européennes.
Les Etats-Unis sont le 4e marché à l'exportation de la France, derrière l'Allemagne, l'Italie et la Belgique, selon les douanes françaises.
Parmi les secteurs les plus exposés figurent l'aéronautique (avec 9 milliards d'euros en 2024, il représente un cinquième des exportations de la France vers les Etats-Unis), le luxe (parfums, maroquinerie etc.) ou les vins et cognac.
- "Impact énorme" -
Chez Airbus, un porte-parole a indiqué jeudi à l'AFP que le groupe avait bien "pris note des annonces". "Nous évaluons les impacts potentiels", a-t-il ajouté.
"Nous vendons aux États-Unis, nous fabriquons, nous assemblons, nous développons aux États-Unis, comme peu d'autres entreprises", avait expliqué en février le PDG de l'avionneur européen, Guillaume Faury.
Côté vins et alcools distillés, la France, réputée pour ses vins de Bordeaux, de Bourgogne ou de Champagne, en exporte massivement aux Etats-Unis, qui est son premier marché à l'exportation.
En 2024, quelque 2,4 milliards d'euros de "vins de raisin" ont traversé l'Atlantique pour les Etats-Unis, auxquels il faut ajouter 1,5 milliard d'euros de "boissons alcoolisés distillées", notamment le cognac.
La Fédération française des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) craint "un recul des exportations (aux Etats-Unis) d'environ 800 millions d'euros", avec "un impact énorme sur l'emploi et l'économie du secteur".
D'après les annonces faites mercredi, Donald Trump semble avoir abandonné l'idée d'une taxation à 200% des alcools européens qu'il avait envisagée à la mi-mars.
La France dépend moins des exportations américaines que d'autres pays européens, comme l'Allemagne (3,8% de son PIB contre 1,6% pour la France).
fff-od-fmp-max/jbo/eb
F.W.Simon--LiLuX